Du 21 au 26 juin 2010

Lundi 21 juin, nous prenions le bus avec Sylvain pour nous rendre à Valparaiso, une ville classée par l’UNESCO et située sur la côte à 120 km de la capitale. Le métro à Santiago était vide parce que le match de foot entre le Chili et la Suisse était en train de se jouer…. Le Chili venait de gagner son premier match en coupe du monde depuis 44 ans quelques jours plus tôt. Pour l’unique but marqué du match (par le Chili), le conducteur du bus s’est mis à klaxonner pendant plusieurs minutes et les autres véhicules sur l’autoroute ont fait de même ! Et pour fêter la deuxième victoire du pays dans cette coupe du monde, même scenario. A notre arrivée à Valparaiso, il y avait une sacrée ambiance dans la rue, les gens étaient heureux et le montraient ! C’était presque surréaliste de marcher le long de l’avenue principale, sacs au dos, parmi la foule qui célébrait la victoire de leur pays en criant « Chi-Chi-Chi / Le-Le-Le ».

C’est aussi à Valparaiso que nous avons pris le funiculaire pour la deuxième fois en trois jours. Celui-ci était encore plus typique et vieillot. Mais nous sommes arrivés à bon port, soulagés de ne pas avoir eu à monter à pied avec nos gros sacs a dos des dizaines de marches pour atteindre le haut de la colline. La ville s’étend sur 42 collines, cela fait beaucoup de rues à monter pour en redescendre d’autres afin de se rendre à la colline suivante. Notre auberge El Caracol se situait sur le Cerro (colline) Bellavista. Nous avons été chaleureusement accueillis pas Pablo, très heureux et souriant – et sûrement toujours sous l’émotion de la récente victoire. L’auberge était vide de touristes, le Chili souffre beaucoup de la mauvaise pub que lui a donné le séisme de février dernier. Depuis notre arrivée dans le pays, nous n’en avons pas beaucoup entendu parler et d’un point de vue strictement physique, on dirait presque qu’il n’a jamais eu lieu, nous n’avons vu qu’un seul bâtiment endommagé lors de nos promenades à Santiago. Mais Pablo nous en a brièvement parlé, assez pour comprendre que ce terrible séisme a marqué les mémoires à jamais. Nous avons donc laissé nos sacs dans le dortoir et sommes partis directement à la découverte de la ville et surtout à la recherche d’un restaurant. Après un repas bien copieux (encore !), nous sommes montés sur le Cerro Conception, la partie la plus touristique de la ville. De là-haut, la vue était magnifique. On voyait les innombrables collines, toutes très colorées du fait des maisons construites en tôle multicolore, l’océan et bien sûr les Andes au loin. En ce premier jour d’hiver, il faisait encore un grand soleil et nous avons passé l’après-midi à arpenter les petites rues de Valparaiso. Cette ville est extrêmement photogénique et Gilles a pris quantité de photos ! Les tagueurs s’en donnent aussi à cœur joie dans cette ville et on peut admirer leurs œuvres un peu partout au fil des promenades.

De retour à l’auberge, Pablo nous a cuisiné un repas typique. Au menu, grillades de viandes et salade chilienne. Nous avons aussi bu du bon vin, un cépage originaire du Bordelais mais qui est essentiellement cultivé au Chili et au Pérou (le phylloxera l’ayant anéanti en France), le Carménère.

Le lendemain, nous avons continué à nous promener dans les rues de Valparaiso, à monter et descendre les collines et nous avons profité du soleil en nous éternisant sur la terrasse d’un café. Nous nous sommes même aventurés sur la colline qui domine le port, un vieux quartier franchement pas recommandable si on en croit les locaux, il y aurait apparemment beaucoup d’agressions de touristes et d’appareils photo volés. Le troisième jour il a plu quasiment sans interruption, ce qui est rare parce que Valparaiso est connu pour son ensoleillement et cela a eu pour effet de déprimer les quelques habitants que nous avons croisés ce jour-là qui nous montraient la pluie du doigt, complètement désespérés. Nous avons donc passé la majeure partie de la journée dans notre superbe auberge, autour du poêle, en attendant de prendre notre bus de nuit pour Pucon, dans la région des lacs à 1000 kilomètres au Sud de Valparaiso. Sylvain, lui, prenait un bus pour La Serena, plus au Nord.

Après douze heures de bus, nous étions déjà à Pucon, accueillis très chaleureusement par Nydia et Egidio, les propriétaires de l’auberge dans laquelle nous allions passer trois jours (Hostal Donde Egidio). La région des lacs est, contrairement à Valparaiso, connue pour son taux très élevé de pluviométrie en hiver. Et nous en avons fait l’expérience dès le premier jour : il n’a pas arrêté de pleuvoir, cela en était presque effrayant ! Pucon se situe sur les bords du lac Villarrica et est le point de départ pour les excursions sur le volcan voisin qui porte le nom de….. Villarrica et qui est toujours en activité. Il y a aussi une station de ski sur les versants du volcan ce qui attire beaucoup de monde. La météo annonçait du beau temps pour le jour suivant, ce qui était franchement difficile à imaginer en ce jour de pluie diluvienne. Nous avons donc sauté sur l’occasion et avons réservé une journée avec un guide pour faire l’ascension du Volcano Villarrica. Notre guide nous a ainsi équipés de bonnes chaussures de montagne, d’un pantalon et d’un manteau, d’un piolet, d’un casque, de gants, de moufles, d’un bonnet, de crampons et d’une luge locale (un bout de tissu à attacher au derrière par-dessus le pantalon).

Départ 07h15, il fait toujours nuit mais il ne pleut pas ! Notre chauffeur nous conduit tous les trois jusqu’à la station de ski qui est aussi le point de départ de la randonnée sur le volcan. Nous nous sommes arrêtés en cours de route pour mettre les chaines : il avait beaucoup neigé la veille et il faisait un grand soleil, comme la météo le prévoyait, incroyable ! C’était le premier jour de la saison de ski mais les télésièges étaient encore couverts de glace et étaient loin d’être en état de fonctionnement, pour notre plus grand bonheur puisque nous étions seuls à commencer l’ascension du volcan. Cela faisait 29 jours que notre guide Pablo n’avait pu monter sur le volcan, tellement il avait fait mauvais. A huit heures, nous commencions à marcher dans la neige toute fraiche. Une heure plus tard, nous avions déjà chaussé nos crampons et ca commençait à monter sec ! On a marché dans un passage délicat entre une corniche (ou la neige pouvait s’effondre avec la roche à n’importe quel moment) et les remontées mécaniques d’où tombaient d’immenses blocs de glace que le soleil faisait fondre. Entre des passages de glace et d’autres de poudreuse où on s’enfonçait jusqu’au genou, on avait tout de même le temps d’admirer le paysage qui était magnifique (et on en profitait pour reprendre notre souffle !) : trois volcans se profilaient à l’horizon, dont le plus actif d’Amérique du Sud ainsi que la Cordillère des Andes et l’Argentine juste derrière. Après plus de trois heures de dure montée et 1400 mètres de dénivelé, nous atteignions la cime d’où nous pouvions admirer la forme extérieure du cratère. Nous étions les premiers et certainement les seuls à l’atteindre ce jour-là alors qu’en été, les touristes défilent par centaines, difficile à imaginer dans ce calme vertigineux ! Il n’était pas possible de monter jusqu’au cratère parce qu’il fallait être rentré avant une certaine heure à la base du volcan pour des raisons de sécurité et vu l’état de la neige qui était très épaisse, cela aurait pris trop de temps. Nous nous sommes attardés sur la cime pour admirer les montagnes, volcans et lacs aux alentours, encore tout surpris de la chance que nous avions d’avoir un temps aussi parfait. Même notre guide n’en revenait pas. La descente fut beaucoup plus ludique puisque nous avons accroché notre « luge » à nos cuisses et autour de la taille et nous avons glissé sur nos fesses presque jusqu’en bas. Pour finir : 25 minutes de marche et nous étions de retour au minibus à 14h45 où le match du Chili contre l’Espagne occupait tout l’espace sonore ! 1h30 plus tard, les habitants de Pucon défilaient dans la rue juste sous nos fenêtres pour fêter la victoire.
Le lendemain il pleuvait à nouveau des cordes et nos membres fatigués ne demandaient qu’à se reposer avant notre départ pour San Carlos de Bariloche en Argentine.